Le Sphinx est un nain de jardin des Anciens Bâtisseurs™

Tiens, ça fait quelques mois que je n’ai rien écrit, et si je prospectais un peu dans le petit monde de la recherche indépendante pour trouver de nouvelles idioties a débunker ? Oh tiens, je ne m’étais pas encore penché sur cette chaîne, regardons une vidéos au hasard, si ça se trouve, ce n’est même pas de la pseudo-archéologie, c’est quelque chose de très sérieux, avec des faits et même quelques sources valables ?

Pff, je n’y crois même pas, à ce baratin. Et effectivement, c’était affreusement débile. Donc aujourd’hui, je vais me faire le plaisir de te me vous ratiboiser tout ça jusqu’à la racine.

Elle s’appelle « Julie Couvreur – Une Autre Réalité » et présente depuis deux ans sur sa chaîne des vidéos aux thèmes aussi variés que les Anciens Bâtisseurs, les Hyperboréens, l’Agartha, l’évidence extraterrestre ou même parfois l’Atlantide, bref, autant vous dire qu’elle n’annonce pas la couleur, elle la hurle dans un mégaphone géant.


Julie Couvreur enchaîne donc les vidéos à l’attention d’un public de 90 000 abonnés sur YouTube, ce qui représente approximativement un stade de France, et avec un nom pareil, vous comprendrez que je suis donc obligé de faire tout un tas de vannes nulles, vous m’en excuserez par avance. Passons en revue tout ça :


BON.


Donc, le Sphinx ! Probablement le monument égyptien le plus célèbre, ex-aequo avec les trois immenses pyramides qu’il jouxte sur le plateau de Gizeh, et qui surveille la vallée du Nil depuis quelques milliers d’années, des Égyptiens jusqu’aux touristes grassouillets en passant par les Perses, les Mamelouks et quelques Britanniques en short.
On avait rapidement abordé le sujet sur Scientos lors du débunk de La Révélation des Pyramides, notamment parce que Grimault et Pouillard l’utilisaient pour tracer leur triangle à la con qui relie deux pyramides sur trois à un palmier (c’était voulu par les Zanciens Bâtisseurs™, apparemment), et parce qu’on y évoquait aussi les idées de Robert Schoch, le géologue américain qui a un peu de mal avec le concept de précipitations saisonnières, et non, aucun rapport avec l’opérateur de téléphonie mobile qui vous vend ses forfaits 50 Go à 9,99€ par mois !


Première question : qui est représenté sur le Sphinx ? On en a déjà une petite idée, mais Julie nous explique que selon une « idée communément admise », c’est Képhren qui l’a fait sculpter, lors de l’Ancien Empire, « qui était considéré par les Égyptiens comme l’âge d’or de leur civilisation« . Ne me demandez pas d’où ce jugement sort, c’est totalement gratuit.

0:49 « les sources officielles affirment que le visage du Sphinx fut conçu a l’image de ce souverain […] de tels avis se fondent sur l’existence de quelques statues susceptibles ou non de reproduire fidèlement la physionomie du pharaon »
… et pour appuyer ça, Julie nous montre donc la dite statue, qui est conservée au musée du Caire :

On notera tout de même qu’il lui a fallu 47 secondes depuis le début de sa vidéo pour dire une connerie, ce qui représente déjà en soi une belle performance à côté de ce que déblatèrent un Planète RA&W ou un Grimault dans sa forme des grands jours. Bref, c’est la boulette : pour commencer, les « sources officielles », pour peu que ce terme fourre-tout ait un sens, n’affirment rien du tout, au contraire.
Parce que c’est vrai que la question demeure, même si l’on a de très gros soupçons, mais toujours est-il que la question n’est absolument pas réglée et qu’en archéologie, quand on ne sait pas, eh bien on ne sait pas, ce n’est un gros mot que dans la bouche des pyramidiots, pas dans celle des scientifiques. Globalement, le Sphinx est attribué à la IVe dynastie, mais le doute subsiste entre Khéops ou son successeur Képhren.

Les deux rois ont leur partisans, et pour vous résumer ça succinctement, les tenants d’une commande passée sous Képhren pointent du doigt le fait que les pierres composant les bases du temple du Sphinx sont de même nature que la roche située dans les couches les plus basses de la carrière dans lequel le Sphinx a été taillé; temple qui a été daté (mais on va y revenir) sans problèmes. C’est notamment l’hypothèse soutenue par l’archéologue Mark Lehner ; de plus, il apparaît que le mur d’enceinte du temple du Sphinx aurait été construit en intégrant des éléments du mur d’enceinte du temple de la vallée, situé juste à côté.


Notez que c’était aussi l’avis de l’égyptologue égyptien Selim Hassan, qui l’écrivait en 1949.
Mais il y a d’autres spécialistes qui, eux, penchent plutôt pour l’hypothèse du roi Khéops, comme l’égyptologue allemand Rainer Stadelmann, qui se base sur l’étude des traits de la statue et des éléments qui la composent, comme la barbe ou la coiffure-némès, pour suggérer que son style est typique de celui du roi Khéops -et il souligne également qu’il a été sculpté dans une carrière mise en exploitation sous son règne pour extraire des pierres pour le chantier de la pyramide-. Et c’est là aussi l’idée retenue par l’architecte Jean-Pierre Houdin, qui pointe les similitudes architecturales entre le temple du Sphinx et le temple haut de Khéops; et la relation entre la rampe du port et les carrières -et le Sphinx, donc, vu que ce dernier a été taillé directement dans les carrières en profitant d’une excroissance rocheuse naturelle-, qui devaient préexister à la construction de la chaussée funéraire de Képhren.


Bref, tout ça pour dire que contrairement à ce que Julie Plombier-Zingueur essaie de dire, tout ça ne tient pas qu’à l’examen de quelques statues, bien au contraire.

1:25 « Durant les siècles, voire les millénaires qui se sont succédés depuis sa création, le plus souvent seule sa tête dépassait du sable« 

Et ça, c’est vrai. L’Égypte s’étant considérablement désertifiée ces quatre derniers millénaires, la savane que pouvaient encore parcourir les Égyptiens arrivant sur le plateau de Gizeh a vite reculé devant la progression inexorable des sables, et ce Sphinx s’est vu désensabler plusieurs fois au cours de l’histoire, à peu près à toutes les époques.

Enchaînons : en 1993, des « chercheurs indépendants » auraient alors invité un certain Frank Domingo, lieutenant de la NYPD spécialisé en portraits robots, pour bosser sur le visage du sphinx en le comparant à la statue du roi Képhren, oui, toujours la même depuis tout à l’heure. Et lequel aurait déclaré :

… ce qui irait, du coup, dans le sens des partisans d’une représentation du roi Khéops et pas de Képhren. Sauf que c’est sans compter l’idée préconçue de Julie, qui assène avec aplomb que :

2:45 « ils expliquent cette caractéristique en déclarant qu’il s’agit d’un prototype et que les Egyptiens n’avaient pas encore établi les règles de proportions« 

Et ne me demandez pas quel « historien et archéologue » aurait pu sortir une ânerie pareille, je n’en ai pas la moindre idée, pas plus que Julie Carreleur n’a l’air de savoir ce que c’est qu’une bibliographie ou une source. Ca sort littéralement de nulle part, donc il faut la croire sur parole et s’imaginer que les sculpteurs égyptiens faisaient des « prototypes » avec des statues de vingt mètres de haut sans jamais s’exercer avant ni apprendre leur métier, tout est normal !

3:22 : « il faut se rendre à l’évidence, le plus célèbre monument antique est anonyme et indatable« 

Ah oui, carrément. Julie Paysagiste saute donc du coq à l’hippopotame, comme quoi tout ce radotage avait pour but de l’amener à asséner cette énorme imbécilité, qu’on a déjà pu entendre en long, en large et en travers ici ! « il n’y a aucun moyen de dater la roche« , parce que gnégnégné le carbone 14 ça fonctionne que sur les matières organiques !
Et du coup, personne ne sait rien sur rien, parce que, je cite, « les monuments de pierre peuvent être datés avec précision, si des textes contemporains mentionnent leur construction« , et c’est là que :

Sauf que Julie Peintre-en-bâtiment commet là la même lamentable erreur que les crétins qui ont commis BAM et qui agitaient le même argument flingué, c’est de prétendre qu’on ne peut dater qu’avec un texte ! Or, je le redis pour la vingtième fois et je sens qu’il en faudra une vingt-et-unième, les archéologues ne travaillent PAS à partir des textes ! Il existe des tas de manières d’obtenir une datation des vestiges qu’on exhume au cours des fouilles, et aucune ne présuppose d’avoir sous les yeux l’intégrale en quinze volumes des annales égyptiennes parce que les demeurés qui pondent ce genre de vidéos ne comprennent pas le principe d’une datation archéologique !

Et bien sûr que si, il est tout à fait possible de dater des matériaux non-organiques ! Ca s’appelle la datation par thermoluminescence, et ça marche très bien ! En fait il y en a des tas, de méthodes : la datation par potassium-argon, par uranium-thorium, par magnétisme ! La datation par carbone 14, c’est juste la plus connue et la plus utilisée, c’est tout !

Et d’ailleurs, contrairement à ce qu’elle dit, cette dernière s’applique sans aucun problème pour effectuer des datations sur n’importe quel site de Gizeh, notamment parce qu’on trouve un peu partout du MORTIER et des bouts de charbons utilisé pour la construction des temples, du Sphinx, des pyramides et de la myriade de tombeaux éparpillés sur ce foutu plateau !
Vous pouvez d’ailleurs les consulter ici, (attention, c’est en anglais) et ça ne laisse aucune place au doute.

La certitude de la datation du Sphinx tiendrait donc « en une unique syllabe« , syllabe de la :


… une stèle de granit de presque quatre mètres de haut sur deux de large, assez mal conservée et datée du pharaon Thoutmôsis IV, c’est-a-dire de la XVIIIe dynastie, environ 1300 ans après les règnes de Khéops ou Képhren, au Nouvel Empire. Cette datation étant connue depuis… ben, depuis qu’on l’a déterrée, en réalité, on la différencie très bien du sphinx qui, comme on vient de le voir un peu plus haut, est daté avec sa relation à son temple; donc quand Julie se met à dire que « elle passe pour la preuve que Képhren aurait ordonné la réalisation de la statue » (4:19), c’est totalement faux là aussi, ça n’a aucun rapport !

La stèle commémore le désensablement du sphinx par le pharaon Thoutmosis IV donc, tout bêtement. Mais ça n’empêche pas Julie Chauffagiste de d’affirmer que « elle décrit d’ailleurs le géant à corps de lion comme le symbole d’un grand pouvoir magique qui existe en ce lieu depuis l’origine des temps » (4:37).

CARRÉMENT.


Eh ben, on va vérifier ça, parce que je flaire d’ici que c’est un énorme bobard. Sergio ?

– Hem. Si, jefe ; alors si on en croit ce site ou encore celui-ci, où l’on peut trouver la traduction du texte de la stèle en question, les premiers paragraphes donnent les noms et titres du roi, son action et les paroles du sphinx, qui dit « Je donne force au Seigneur des Deux-Terres, Thoutmosis, l’apparence des apparences« ; puis le corps principal du texte raconte l’histoire romancée du roi qui se serait endormi au pied du sphinx lors d’une pause au cours d’une chasse sur le plateau de Gizeh. Au cours de ladite sieste, le sphinx Harmakis-Khépri-Atoum lui serait apparu en lui demandant de le désensabler, en échange de quoi il lui confèrerai la couronne blanche et la couronne rouge « sur le trône de Geb« , l’abondance pour son pays et sa protection. Et sur les dernières lignes, le texte est de plus en plus endommagé, mais on peut y lire quelques fragments de phrases qui suggèrent qu’une fois réveillé, Thoutmosis a fait faire des offrandes au dieu avant, visiblement, de faire procéder aux travaux. En tout cas, aucune mention d’un symbole de grand pouvoir magique…

C’est marrant, je ne suis même pas surpris ! Donc là aussi, c’est un mensonge, le texte de la stèle ne parle absolument PAS d’un symbole de pouvoir magique, de l’origine des temps, des sept boules de cristal ou du magicien d’Oz, vous pouvez vérifier !


Bon, et Képhren dans tout ça ?! Ah oui, c’est qu’il est effectivement mentionné sur la stèle ! Peu et mal, mais son nom apparaît bien; malheureusement dans les dernières lignes de la stèle, celles qui sont le plus dégradées ( je vous parie cinquante balles qu’un jour, on pourra entendre dans une vidéo que ce sont les égyptologues de la Science Officielle© qui l’ont pétée exprès pour qu’on ne puisse pas y lire la véritude) :

« Khéphren, la statue faite pour Atoum-Rê-Harmakhis« . Et comme cette mention l’emmerde pour pouvoir étayer sa petite idée préconçue comme quoi le sphinx est un cale-porte des Zanciens Bâtisseurs™, eh ben, elle se met à pinailler, en arguant que le nom n’est pas complet, que l’égyptologue Selim Hassan a affirmé qu’excepté ça, il n’y a pas d’autre inscription qui relie ce roi au sphinx (ce qui veut dire qu’il n’y a pas d’autre inscription, pas qu’il n’y a pas d’autre éléments pour relier les deux, mais ce n’est pas la dernière fois que les pyramidiots font dire ce qu’ils veulent aux citations), et ‘pis d’abord, y’a même pas de CARTOUCHE !


5:46 : « du début à la fin de la civilisation, pharaonique, toutes les inscriptions présentent les noms des souverains dans des cartouches, il est donc difficile« … de comprendre pourquoi sur cette stèle il n’y en aurait pas. Et même que  » quand bien même la syllabe ferait bien référence à Khafre, elle ne prouve pas que le roi aie réalisé le sphinx. Il s’agit de rappeler une action qu’il aurait accompli, de restauration par exemple. Il faut également tenir compte d’une autre éventualité, le site de Gizeh a pu être conçu bien avant le règne de Khephren, par des bâtisseurs inconnus, puis réutilisés voire largement remis en état sous la IVe dynastie » (6:02)

BEN VOYONS.

Alors, pour stopper un peu le train de la bêtise, on va rappeler qu’un cartouche, il y en a un au contraire :


… le problème, c’est qu’il est incomplet, pas qu’il est absent ! Et si des spécialistes un peu moins bercés trop près du mur qu’elle ont complété ledit cartouche, c’est probablement parce que c’est celui qui correspond le mieux, regardez :


Et d’ailleurs, on peut aussi douter que ce début de cartouche soit là par hasard, sachant que Thoutmosis IV possède 206 prédécesseurs connus à ce jours, et qu’on voit mal pourquoi il aurait cité Képhren au pif ! Mais il est inutile de s’aventurer sur ce genre d’hypothèses, vu que la sienne va carrément jusqu’à inventer un réemploi du site qui aurait été construit par EL FAMOSO civilisation d’anciens-bâtisseurs-très-très-avancés, une civilisation qui, faut-il le rappeler, n’a bizarrement pas laissé la moindre trace ! Autrement dit, l’hypothèse de Julie Menuiserie, c’est de la merde qui se base sur du vent !

Puis elle cite René-Adolphe Schwaller de Lubicz, qui a part avoir un nom casse-couilles à écrire, se targuait d’égyptologie et s’est mis à dire un jour que :


Car le bonhomme était partisan de traces d’érosions sur le corps de la statue géante, une « simple observation relevée par le chercheur indépendant » John Anthony West à la fin des années 70.

S’ensuit un bla-bla sur les traces d’érosions visibles sur « le corps du sphinx, sur le mur d’enceinte qui l’entoure et sur les temples de la vallée et les falaises du plateau, mais pas sur les pyramides !« , retenez bien ce détail, parce qu’on va s’en resservir dans un instant.
Puis elle cite Robert Schoch, une référence bien connue des pyramidiots et dont on a déjà rappelé à quel point elle était foireuse vu que ce mec est un complotiste de premier ordre, qui serait prof de géologie à l’université de Boston.

Le gars aurait formellement décrété que ces traces d’érosions ne viendraient pas des inondations mais des précipitations, or comme chacun sait, il n’a jamais plu une seule goutte d’eau en Égypte depuis la Préhistoire !

8:30 « les fortes pluies capables d’engendrer l’érosion caractéristique visible sur le sphinx ont cessé de s’abattre sur l’Egypte plusieurs millénaires avant la date admise pour la création de celui-ci, et Schoch avança une estimation très modérée d’une période se situant de 7000 à 5000 avant notre ère.

C’est donc l’heure de la grosse rengaine qui tache, laissons parler l’orchestre : « la vallée du Nil n’était officiellement peuplée que par des peuplades néolithiques primitives, équipées d’un outillage rudimentaire, ce qui laisserait entendre que le sphinx, le temple du sphinx et le temple bas, composé de blocs de plusieurs centaines de tonnes, auraient pu être érigés par une civilisation équipée de moyens techniques capables de déplacer ces blocs gigantesques « 

… un bla-bla qui peut avoir l’air renversant, sachant qu’en -7000 avant notre ère, il n’existe effectivement pas de civilisation égyptienne avec un appareil d’état suffisamment puissant et organisé pour envisager ce genre de chantier ; d’ailleurs, il n’y a pas grand-monde tout court dans la vallée du Nil, parce que les premiers sites connus dans ce début de Néolithique n’arrivent pas avant la moitié du VIe millénaire dans le Delta, et même là, on est encore loin de l’unification politique de l’Égypte.
Et comme vous vous en doutez, on n’a jamais mis au jour la moindre trace de cette « civilisation équipée de moyens techniques » suffisants, donc son baratin est encore faux encore une fois, sachant que, de toutes façons, cette histoire d’érosion n’infirme pas non plus les résultats des datations au carbone C14 qui ont pu être faites, et dont j’ai parlé plus haut.

Mais revenons donc sur cette histoire de traces d’érosions : il y en a, oui.

Et pas sur les pyramides ?!


Ben évidemment, qu’il n’y en a pas ! C’est le contraire qui serait surprenant ! Maintenant regardez bien, on va satelliser ce laïus idiot en deux points, ça va aller très vite :

PREMIÉREMENT, à moins d’avoir construit ces foutues pyramides en Bretagne, on voit mal comment on pourrait y trouver des traces d’érosions, sachant qu’elle ont eu pendant des millénaires un revêtement lisse, qui pour ce qu’on en sait aurait été entièrement vampirisé au cours du moyen-âge pour reconstruire la ville du Caire. Autrement dit, ça ne fait que quelques siècles que les blocs que vous voyez là sont à l’air libre, et l’Égypte s’étant considérablement désertifiée depuis le néolithique, c’est peine perdue d’y chercher des traces d’érosions !

Deuxièmement, comme je viens de le dire, le climat était sensiblement différent au IIIe millénaire avant notre ère, et sous la IVe dynastie, c’était une savane qu’on trouvait sur le plateau de Gizeh, pas un désert ! Tout ça pour dire que la pluie était déjà relativement rare, mais il y en avait, et qu’il y en a encore aujourd’hui d’ailleurs, contrairement à ce qu’on essaie de faire dire !

Mais bien que ces précipitations existent, à elles seules elles ne seraient pas suffisantes pour produire ces traces. Et c’est alors là qu’on constate que les recherches indépendantes des pyramidiots se limitent manifestement à lire Wikipédia assis sur leurs WC ; parce que sinon, ils se seraient penchés sur une carte topographique du plateau de Gizeh :

Vous voyez où ça nous mène ? Le Sphinx et les temples sont situés en contrebas des carrières, au pied de la pente du plateau, devant le fleuve ou plutôt devant l’endroit où le Nil arrivait à l’époque. Autrement dit…

… dès qu’il se met à bruiner sur ce putain de plateau, toute la flotte qui tombe dans le coin dégringole la pente pour passer dans les carrières et sur le Sphinx, d’autant plus fort que la terre et la végétation ont complètement disparu et ne peuvent donc pas retenir l’eau ! Elles viennent de là, vos traces d’érosions !

Et puisque le cap est franchi, West ne se serait pas gêné pour avancer une datation « plus audacieuse » :


Une hypothèse qui ne se base sur aucun vestige d’habitat pré-historique, aucune sépulture, aucun reste ni humain ni aucune datation quelconque, bref, absolument aucune preuve concrète et recevable ! Mais d’après Julie Charcutier-Traiteur, elle est forcément la bonne puisque « plusieurs centaines de géologues cautionnèrent la logique de leur démarche« , ce qui ne veut rien dire non plus puisque la logique et le résultat sont deux choses différentes dans une expérience scientifique, mais passons.

9:45 Et donc, un certain géophysicien renommé appelé Thomas Dobecki aurait fait des « tests de sismographie » autour du Sphinx, et ainsi attesta la présence d’anomalies et de cavités dans le soubassement rocheux, situées entre les pattes et les flancs du Sphinx, et décrivit une salle rectangulaire non régulière, de 9×12 mètres, et là, franchement, je m’étonne que l’expert en question n’aie pas aussi deviné la couleur du papier-peint !


Mais d’où est-ce qu’elle tire des infos pareilles, sachant qu’on n’en trouve trace nulle part, et que les instruments de sismographie utilisés par Schoch et Dobecki ne donnent pas des renseignements aussi précis ? Allez savoir, vu qu’encore une fois, aucune source n’est citée; donc là encore, il faut considérer que c’est un énorme mensonge brodé de toutes pièces, sachant que si cette recherche a effectivement eu lieu, le rapport de Schoch et Dobecki ne mentionne nulle part la découverte de pièces secrètes mais la détection d’anomalies dans les couches de roche située sous le monument, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, comme c’est rappelé dans cet entretien !

Et comme c’est presque toujours le cas, les pyramidiots ont toujours un train de retard, parce que de telles prospections avaient déjà été faites dans les années 70; où des sondages ont été fait autour du Sphinx pour vérifier certaines théories qui couraient déjà à l’époque, et qui ont systématiquement fait chou blanc, comme c’est expliqué ici. Des anomalies, oui il y en a des tas, vu que le substrat rocheux du plateau est complètement pété, mais aucune cavité, aucun tunnel, aucune salle secrète n’a jamais été découverte; ni à l’époque ni même récemment, lorsque de nouveaux forages ont été effectués sous les pattes avant du Sphinx pour situer plus précisément la nappe phréatique :



Mais c’est pas tout ça, c’est qu’il manque encore un peu de victimisation dans tout ce bla-bla ! Donc forcément : « sur l’avis des égyptologues occidentaux, le gouvernement égyptien s’oppose désormais a toute recherche géologique ou sismographique autour du sphinx depuis 1993; est-ce en réaction aux découvertes dérangeants de Schoch et West ? Cela semble évident ! D’autant que les conclusions du géologues n’ont pas encore reçu de démenti convaincant.« 

Justement si, à l’instant, et depuis des décennies même, puisque le rapport de Lambert Dolphin cité plus haut et l’interview de Hawass en 1997 le précisaient déjà.
Bref, à part ça, ce ouin-ouin méprisable ne vise qu’à se poser une énième fois en victime d’on ne sait quelle machination complètement débile du gouvernement égyptien, mais c’est un incontournable de la rhétorique complotiste ; si vous connaissez un seul archéologue au monde qui ne serait pas au contraire prêt à vendre son âme pour être le premier à découvrir une salle de billard alien sous le derrière du Sphinx, je veux bien l’entendre ! A la prochaine !

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Bibliographie :

Stadelmann Rainer, Le grand Sphinx de Giza, chef-d’œuvre du règne de Chéops. In: Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1999, p 863-879.
Hassan Selim, Excavations at Gîza 8: 1936-1937. The Great Sphinx and its Secrets, Historical Studies in the Light of the Recent Excavations, Cairo, 1953.
Lehner Marc, Archéologie d’une image : le Grand Sphinx de Gizeh, 1991.
Lehner Marc, Le passage sous le Sphinx, 1994.
Les entretiens avec Jean-Pierre Houdin sur le blog Pyramidales.
Le site Catchpenny.


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