Topito, le retour de la vengeance

A l’heure actuelle, la science nous a permis de résoudre pas mal de mystères. Vachement pratique cette science. Et pourtant il existe encore des mystères non résolus. Normal. On n’est pas aux pièces les gars il faut laisser le temps au temps. Et parmi les mystères non résolus, il existe quelques inventions mises au point par nos ancêtres et dont on n’est toujours pas parvenu à comprendre l’élaboration. Si seulement ils étaient là pour nous répondre…

Aaaaaaaaaaaaah.

Aaaaah, comme c’est rassurant de constater que certaines choses ne changeront jamais. Topito et sa capacité a poster des « tops » écrits avec le cul pour faire du clic, par exemple, c’est une boucle infinie de médiocrité.

C’est l’été, l’heure est aux barbecues, aux siestes et aux doigts de pieds en éventail, donc quoi de mieux pour se détendre que de débunker ensemble une liste complètement idiote dont l’égrenage va me donner une furieuse envie de balancer des parpaings dans le front de son auteur ? Rien, évidemment ! Allons-y !

Ce top 10 des inventions de nos ancêtres jamais expliquées par la science va donc compiler plusieurs objets ou techniques remontant généralement à l’Antiquité, une époque particulièrement riche en matière de « j’sais pas comment ils ont fait ça donc c’est mystérieux® », sauf pour l’élite des génies qui sont capables de prendre cinq minutes de leur temps pour chercher sur internet, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Et profitez-en, parce que pour une fois, POUR UNE FOIS, on ne va pas entendre parler de la pyramide de Khéops !

Le feu grégeois :

Non, ce feu qui brûle tout sur son passage n’existe pas que dans la série Game of Thrones. […] c’est un vrai truc qui a vraiment existé et qui avait la capacité de brûler à peu près tout, […] Il existe par la suite plusieurs « recettes » de feu Grégeois mais seule l’originale reste un mystère de nos jours. On a émis quelques hypothèses sur les composants mais rien n’est certifié, la faute à un satané secret de famille qui en a empêché la divulgation.

Voilà, donc, imaginez que vous êtes vers la fin du VIIe siècle sur votre galère arabe, et devant vous, il y a Constantinople, la richissime capitale de l’empire romain d’Orient, devant laquelle vous avez pu parvenir relativement facilement, parce qu’à cette époque-là, les Byzantins, ils rament au propre comme au figuré.

Outre les habituelles difficultés de politique intérieure et assassinats de couloirs intrinsèques aux romains, Constantinople doit gérer des menaces barbares absolument partout : des Lombards qui viennent dévaster la Calabre pour se défouler, des Slaves qui veulent ravager la Thessalonique, ces cons de Sassanides que ça a l’air de faire rigoler de signer des traités de paix pour les transgresser la demi-heure d’après, et maintenant les Arabes qui décident de profiter de tout ce foutoir pour s’emparer sans transpirer de la moitié de l’empire byzantin en l’espace de trente ans.
La partie paraît jouée d’avance, quand soudain, les galères romaines sortent du port, et postillonnent du feu sur les navires musulmans, du feu qui paraît en plus flotter à la surface de l’eau ! Un inconvénient majeur quand votre flotte est fabriquée en bois ; il s’ensuit donc un véritable massacre, et pour ne rien arranger, les survivants seront victimes d’une tempête à côté de Chypre qui va les achever, comme quoi quand ça veut pas, ça veut pas.


Bref, la flotte arabe fit ce jour-là la connaissance du feu grégeois, une mixture inventée, nous rapporte Topito, par Callinicus d’Héliopolis au VIIe siècle, et dont on ignorerai la recette !
Eh bien sans mentir par omission, on connaît deux-trois trucs au contraire. D’abord, ça n’a pas été inventé ex nihilo, l’intérêt militaire d’un engin qui balance des flammes ayant été reconnu de longue date sous l’Antiquité ; un des premiers témoignages dont nous disposons vient de Thucydide, qui relate un machin construit par les Béotiens pour tenter de détruire les remparts de Délion :

« à l’endroit du rempart où avaient été entassés le plus de sarments et de bois. Une fois la machine à proximité du rempart, les assiégeants adaptèrent à la partie tournée vers eux d’immenses soufflets et les mirent en action. L’air comprimé pénétrant dans le tube et passant sur le chaudron, plein de charbons ardents, de soufre et de poix, provoqua une très grande flamme et mit le feu au retranchement.« 

Ici, le mélange était donc surtout à base de soufre et de poix, deux substances dont on connaissait déjà les propriétés inflammables, et je rappelle qu’à peu près à la même époque, on a aussi connaissance du principe du siphon, qui permet de projeter du liquide à plusieurs mètres de là, j’en avais parlé ici.
Eeeet contrairement à ce que dit Topito, on a une très sérieuse idée de la composition dudit feu grégeois (même si la recette originale s’est perdue); l’historien et byzantiniste britannique John Haldon a notamment travaillé sur la question et conclu que le mélange devait contenir une importante part de pétrole brut, un liquide abondant dans les territoires que contrôlait alors Byzance, même si l’on ignorait alors sa fantastique utilité pour faire tourner un moteur à explosion et niquer la couche d’ozone. A cela devait très probablement s’ajouter de la résine de pin, qui permettait d’épaissir le mélange et qu’on utilisait dans toute la Méditerranée, ainsi que de la chaux vive.
Et afin d’en avoir le cœur net, Haldon a testé son mélange, en le projetant sur un bateau au moyen d’un siphon analogue à celui employable par les Byzantins en cette fin de VIIe siècle :

Donc, le « mystère », permettez-moi de dire qu’il est très relatif.

Ensuite, l’acier de Damas !

« A côté, ton couteau en céramique, laisse-moi te dire que c’est de la gnognotte. En gros cet acier a été élaboré en Inde et disparu au XVIIe siècle. C’est con parce qu’il était de suuuuper qualité. De tellement bonne qualité qu’on ne sait pas encore aujourd’hui de quoi il était fait. »

Eh ben si, justement, on sait. Parce que cet acier de Damas, dont vous avez probablement déjà vu ou entendu parler, était extrêmement réputé mais pas sorti du néant : il était le fruit du savoir-faire des forgerons arabes et de lingots de fer d’une qualité très, très, très supérieure à ce qu’on trouvait jusqu’ici sur les rives de la Méditerranée. J’en avait déjà parlé ici et ici, notamment parce que ce métal est aussi concerné dans l’affaire des épées d’Ulfberht, des épées qui, heu… ah bah tiens, elles sont un peu plus loin dans la liste, comme quoi le monde est petit, hein.
Et il se trouve que ces fameux lingots de fer, ou de « wootz » en langue locale, étaient importés d’Inde et de Ceylan : on trouvait alors dans cette région du monde des corporations de métallurgistes qui avaient développé une technique pour utiliser les vents de mousson locale dans leurs fourneaux, ce qui permettait de les oxygéner à fond, et donc d’obtenir une très haute teneur en carbone en les chauffant à plus de 1200 degrés ! Non seulement ça donnait ce motif si caractéristique et agréable à l’œil, mais cela permettait d’obtenir des lames incroyablement acérées et tranchantes, rapidement devenue légendaires.

Le problème, c’est que les mines de fer exploitées par les Indiens ont fini par se tarir, ce qui a par conséquent incité les forgerons orientaux à se tourner vers des aciers de moins bonne qualité. Au fil des siècles, ce savoir-faire à fini par se perdre… jusqu’à ce qu’on fasse des analyses métallurgiques, ce qui n’ a rien de spécialement compliqué !
Tout ça pour dire qu’on sait très bien de quoi il était fait, et que ça reste un excellent métal de nos jours !

Passons au manuscrit de Voynich !
« Ça ne vous disait probablement rien jusqu’à maintenant, mais figurez-vous que ce manuscrit est un mystère pour la science. Trouvé en 1912 près de Rome, on ne peut pas le dater très exactement mais son vélin remonterait probablement au XVe siècle. Et ce qui nous rend totalement dingue c’est que ce manuscrit est non seulement anonyme (le nom Voynich vient de Wilfrid Voynich qui l’a découvert) mais il est également écrit dans une langue qu’on n’est toujours pas parvenu à déchiffrer. Les hypothèses vont bon train, on ne sait même pas si c’est un herbier ou juste un bon gros canular. »

Bon, ici c’est plus difficile de leur jeter la pierre, parce qu’il n’y a pas de quoi hurler là-dedans : cette description est plus grossière que réellement mensongère. Toujours est-il que là encore, le mystère est bien moins épais que ce que l’auteure de ce top veut bien faire croire : d’abord, ce manuscrit, qui est aujourd’hui conservé aux États-Unis dans les collections de l’université de Yale, a bénéficié d’une datation au carbone 14 par l’université de l’Arizona, que vous trouverez ici, et qui file une date comprise entre 1404 et 1438 pour le vélin.
On aimerait plus précis que ça dans l’idéal, d’autant que la datation porte avant tout sur le parchemin et pas sur l’encre, m’enfin ça permet déjà d’avoir une idée suffisamment nette de sa date de fabrication contrairement à ce qui est dit ici, et ça dégage aussi de fait l’hypothèse du canular contemporain !
De plus, il ne vous aura pas échappé qu’à une époque où moins de 5% de la population européenne sait lire…

Non, je déconne, je n’ai pas cherché le pourcentage précis de population alphabétisée au début du XVe siècle, mais toujours est-il que ça ne concernait qu’une élite lettrée et donc, qu’à cette période, les bouquins coûtent un bras parce qu’il faut les recopier à la main, surtout que Gutenberg ne va populariser l’imprimerie en Occident qu’une grosse dizaine d’année après.
Et c’est encore plus le cas pour les manuscrits qui sont fabriqués en vélin, une variante du parchemin classique qu’on fabrique avec de la peau de veau mort-né, beaucoup plus rare et difficile à produire. Tout ça pour dire que le livre étant un objet de grand prix à l’époque, celui-là devait être encore plus précieux, donc pas entre les mains de n’importe qui !
Ensuite, si ce bouquin est anonyme, c’est notamment parce qu’un des experts ayant travaillé dessus, en l’occurrence le capitaine Prescott H. Currier, cryptologue de la marine américaine, a découvert que le texte de certaines sections a été rédigé par au moins deux auteurs différents, peut-être plus.


En examinant la forme et l’ordre des lettres, et les différences orthographiques entre les mots, Currier est parvenu à la conclusion que plusieurs personnes ont travaillé sur ce manuscrit pour le réaliser, d’autant qu’il y a eu pas mal de retouches pendant et après sa finition.
Et d’ailleurs, même si on ne sait effectivement pas déchiffrer le texte, on a quand même pu distinguer très vite qu’il s’agit d’un recueil qui aborde plusieurs thèmes assez variés, comme souvent au moyen-âge.
Le manuscrit de Voynich se divise ainsi en six parties ; la première et la plus importante traite visiblement d’herboristerie, et décrit pas moins de 126 plantes différentes, avec des schémas et des explications dédiées ; mais certaines semblent imaginaires et bon nombre d’erreurs ou d’incohérences ont été relevées dans le texte.

Les suivantes traitent d’astronomie, de biologie, de cosmologie, de pharmacologie ou d’alchimie, et enfin de recettes, autant de thèmes qui étaient intimement liés à cette époque, comme quoi on n’a pas attendu le retour de l’ésotérisme new age petit-bourgeois de ces dernières années pour croire qu’il faut être sagittaire ascendant débile pour danser sous la pleine lune au milieu des douze statuettes enroulées dans du jambon pour guérir d’une migraine !

Bref, il n’y a pas de quoi en faire des caisses non plus, mais là encore, on soulignera qu’il y a une confortable marge entre ce qu’on sait (un manuscrit daté du début du XVe siècle, très probablement extra-européen et traitant probablement de pharmacopée médiévale), et ce que Topito sous-entend ou écrit carrément (agneugneu c’est un mystère, on sait pas qui ni quand ni comment ni quoi qu’y dit gneugneu).

Passons ! Sergio, y’a quoi ensuite ?

Du réchauffé, jefe !

Ah, effectivement : il se trouve que les quatre points suivants traitent de la machine d’Anticythère (« c’est quand même la première calculette […] ça date de l’Antiquité […]En revanche on ne sait toujours pas vraiment comment ça fonctionnait ni qui l’a mis au point ni même à quoi ça servait exactement. »), du sismoscope de Zhang Heng (« Ce savant chinois du Ier siècle en avait ras la casquette […] du coup il a trouvé un moyen, non pas de les empêcher, mais de calculer leur ampleur […] Le truc fou c’est que la qualité de son engin était telle que ses résultats étaient au moins aussi précis que nos sismographes actuels. Vexant. »), des épées Ulfberht (« Mais parmi les vrais mystères qui demeurent, on ne peut pas passer à côté de l’acier de leurs épées. […] n’a pu être reproduit en Europe qu’à partir de la Révolution Industrielle mais il n’empêche qu’on n’a encore aucune information sur leur fabrication. ») et du pilier de fer de Delhi (« Il a été construit dans le courant du IIIe siècle et du VIe siècle. Son mystère ? Il ne rouille pas.[…]plusieurs hypothèses mais le doute persiste. »)

Et en tant que lecteurs réguliers de Scientos, vous devez vous rappeler immédiatement qu’on en a déjà parlé, hein ?

Hein ?

Ah.
Bon alors, ces quatre bidules se retrouvent assez couramment dans les articles du même style qui traitent de pseudo-archéologie, et comme le monde est petit, j’avais déjà débunké ces quatre « ooparts » qui n’en sont pas dans d’autres articles, alors on va la faire courte :

La machine d’Anticythère, que j’avais déjà abordée ici et ici, on sait très bien à quoi ça servait au contraire, et comme on l’a reconstituée et répliquée, on sait aussi s’en servir : il s’agit d’une horloge astronomique. Un truc qui fonctionne mille fois plus lentement que le plus basique de nos ordinateurs modernes, mais qui reste un bijou de technologie de son époque, la fin du IIIe siècle avant notre ère, et qui permettait de calculer et prévoir le mouvement des étoiles, du soleil et de la lune, ainsi que le jour de l’année.

Le sismoscope de Zhang Heng, dont je parlais ici, était un moyen d’alerter les secours en cas de séisme, que Zhang Heng a mis au point quand il a compris le principe de l’onde de choc : un bête poids pendu au bout d’un fil percute une boule en équilibre à son contact lorsqu’une onde sismique parvient jusqu’à l’appareil, la direction inverse indiquant dans quelle direction il faut envoyer les sauveteurs pour le tremblement de terre. C’est ingénieux et efficace, et il n’y a pas de quoi en faire des complexes par rapport aux sismographes contemporains, parce qu’ils fonctionnent selon le même principe !

Et concernant les deux derniers, il se trouve que par une coïncidence de l’Histoire, ils sont intimement liés à l’acier de Damas dont je parlais plus haut ! Vous vous rappelez, le wootz, l’acier qualité premium importé d’Inde qui a permis aux forgerons arabes de réaliser des sabres aussi beaux que tranchants ?
Eh ben, figurez-vous que ledit métal a été exporté au Moyen-Orient, mais aussi beaucoup, beaucoup plus loin que ça : via Constantinople, puis les comptoirs byzantins et rus’ du nord de la Mer Noire, ces lingots de métal précieux se sont négociés jusque sur les rives de la Baltique, où ils ont enfin été employé par les forgerons scandinaves ! Et surtout par un maître artisan en particulier, qui a donné son nom à ses épées comme on mettrait une marque sur un objet aujourd’hui : Ulfberht a fabriqué un certain nombre d’épées, d’une qualité très supérieure à celles qu’on fabriquait avec du fer local.
Cette excellence de la métallurgie indienne a aussi profité au pilier de fer de Delhi : lorsqu’on l’a étudié, on a découvert qu’il n’est pas moulé d’une pièce mais assemblé en plusieurs parties soudées, qui sont constituées de ce même fer extrêmement riche en carbone et surtout recouvert d’un composé mélangeant le fer, l’oxygène et l’hydrogène, qui lui permet de ne pas souffrir de la rouille !

J’avais déjà parlé de tout ça dans cet article, et là encore, ça contredit le persiflage débile de ce top qui ferait pratiquement passer ces objets pour des pièces de soucoupes volantes !

Le disque de Phaistos !
« Trouvé en 1908 par un archéologue italien, ce disque dont l’existence pourrait bien remonter au IIe millénaire avant J.-C. est recouvert de hiéroglyphes : 241 signes. Voilà. En dehors de ça, on ne sait pas qui l’a fait, ni pourquoi, ni comment, ni à quoi il pouvait bien servir.« 

Rien que ça ! Du coup, on peut imaginer n’importe quoi quand à la traduction de ce texte, des coordonnées GPS pour le trésor des Zanciens Bâtisseurs®, une incantation démoniaque ou une foutue recette de cuisine ?!

Ca n’étonnera personne d’apprendre que là encore, au minimum on ment par omission, au pire on raconte n’importe quoi. D’abord, ce bidule n’est pas tombé du ciel un soir d’orage, il a été découvert en 1908 lors des fouilles du palais de Phaistos, un des nombreux sites archéologiques qui constellent la Crète et qui appartiennent à l’âge de la civilisation minoenne, un groupe de puissances locales centrées autour d’imposants et luxueux palais, dont l’âge d’or a culminé entre le début du 2e millénaire avant notre ère et son milieu, et qui avaient une certaine propension à se bouffer le nez entre eux, jusqu’à ce qu’une série de catastrophes humaines et quelques naturelles ne finissent par les détruire et causer leur déclin.

C’est un petit disque de céramique de 16 centimètres de diamètre, constellé de 241 idéogrammes, qui est aujourd’hui conservé au musée national d’Héraklion, et qui a été copié un nombre impressionnant de fois pour fabriquer des attrape-touristes !

Le disque ayant été trouvé dans une couche de destruction du palais qui remonte environ à -1600 avant notre ère, ça permet de nous donner à minima un terminus ante quem, et sa fabrication n’a rien de plus ébouriffant en soi, tout au plus on soulignera le grain exceptionnellement fin de l’argile, ce qui sous-entend qu’il a été réalisé par un des meilleurs artisans potiers, donc probablement pour une commande royale.
Mais évidemment, la grande question, c’est ce que ce machin raconte, en effet le disque n’a pas été déchiffré officiellement ; m’enfin ça non plus ça n’a rien de si extraordinaire quand on sait que le linéaire A, la langue minoenne, n’est toujours pas déchiffré non plus à l’heure où je vous parle ! Officieusement en revanche, on a pas mal de pistes, car un grand nombre de spécialistes en linguistique se sont penchés sur le sujet et ont multiplié les hypothèses, et continuent encore d’en formuler, comme ici par exemple, où deux linguistes britanniques et grecs proposent l’idée d’une formule de prière, le terme de déesse revenant plusieurs fois dans le texte du disque.
Les idéogrammes qui le composent font débat, certaines formes étant identifiables, d’autres restant plus ésotériques; de plus on y trouve des signes qui ressemblent furieusement aux alphabets du linéaire A ou B, mais d’autres qui paraissent plus proches d’autres langues qu’on connaît dans la Méditerranée orientale, comme le louvite ou le hittite.

Le texte, qui est divisé en 61 groupes qu’on appellera ici des mots faute de mieux, n’est probablement pas unique en son genre d’ailleurs, car comme c’est rappelé dans cette publication des années 70, il n’a pas été inscrit au stylet dans l’argile mais avec un poinçon, donc probablement répliqué sur d’autres exemplaires.
Il y aurait encore beaucoup à dire et de traductions à proposer, mais ce n’est pas le sujet ici; rappelons cependant que contrairement à ce que dit Topito, on a une idée assez nette de qui l’a fait, quand, comment et même du pourquoi.

Le dodécaèdre romain, ou plutôt LES dodécaèdres, parce qu’il n’y a pas un seul, mais au moins une centaine à l’heure actuelle ! Et pour une fois, l’article est grosso modo dans le vrai : « On parle d’un polyèdre à 12 faces […] date plus ou moins du IIe ou du IIIe siècle siècle ap. J.-C […] On n’a encore trouvé aucun texte qui mentionne quoi que ce soit à ce sujet et qui en expliquerait de près ou de loin l’existence. »

Douze faces perforées et vingt boules aux angles qui lui donnent une curieuse allure de boule de noël cheloue, voilà à quoi ressemblent ces curieux objets. Ils tiennent dans la main, ne dépassant pas les quinze centimètres, et s’ils sont tous datés de la période romaine, on ne sait effectivement pas bien à quoi ça pouvait bien servir.

Mais il y a quand même de quoi dire à ce sujet : déjà, le manque de documentation d’époque à ce sujet ne prouve strictement rien, surtout dans la mesure où la minuscule quantité de textes antiques ayant survécu à 2000 ans d’incendies, d’humidité, de pertes accidentelles (ou pas) ou simplement de mites un peu trop voraces auraient du mal a remplir une baignoire !

Ensuite, on en a trouvé un peu partout, de l’Angleterre jusqu’à l’Italie et de l’Espagne à l’Allemagne. Comme aucune explication certaine n’a été avancée, ça ouvre la porte à toutes les fenêtres, y compris les plus farfelues, on peut donc retrouver ces bidules sur pas mal de pages consacrées au paranormal.
Du côté des scientifiques, on a proposé l’idée d’un objet dédié au culte, oui, JE SAIS c’est pratiquement un running gag en archéologie, mais ça reste plausible dans la mesure où pas mal d’entre eux ont été mis au jour sur les sites de lieux de cultes antiques, justement.
Pour approfondir, précisons aussi que comme c’est expliqué dans cette publication sur les fouilles de Jublains où un de ces objets a été découvert, le dodécaèdre correspond à la représentation de l’univers tel qu’il est dans les théories de Pythagore et de Platon ; les douze faces pouvant aussi être rapprochées des signes zodiacaux, ainsi ceux qui sont inscris sur les faces d’un de ces dodécaèdres découvert à Genève, en plomb argenté et daté du IVe siècle :

Autant d’éléments qui plaident pour une utilisation divinatoire.
Mais il y a d’autres hypothèses, comme ici par exemple, ou la chercheuse Amelia Sparavigna de l’université de Cornell propose l’idée que ça aie pu servir de dioptre, c’est-a-dire de télémètre avant l’heure, utilisé dans la légion romaine pour estimer quelle distance les séparaient de l’ennemi. Je vous laisse juge, mais là aussi, ça reste plausible sachant l’usage extensif que faisaient les romains de l’artillerie au sein des légions.

Et enfin, il y a les sphères mégalithiques du Costa Rica !
« Ces énormes boules de pierre ne sont pas que lithiques, elles sont MEGAlithiques, je sais pas si vous voyez le délire. Et elles font s’arracher les cheveux de nos amis les scientifiques qui n’ont pas pu en trouver ni l’origine, ni leur utilité.« 

Non, les cheveux vont bien, merci pour eux, même s’il est vrai que ces étranges boules ne sont pas l’artefact précolombien le plus évident à expliquer, mais il y a toujours beaucoup plus à dire que ces trois lignes d’imbécillités !

On se doute que comme ça n’a pas d’utilité apparente et que c’est très lourd très pas-possible-a-faire-sans-machine, tous les pyramidiots de la planète se jettent dessus comme des affamés. Alors précisons que ces pétrosphères ont pourtant une origine très bien connue, celle de la culture Diquis.

Un des très nombreux peuples qui habitaient les jungles d’Amérique centrale au cours de l’Antiquité et du haut moyen-âge européen, et qui occupaient un territoire relativement vaste le long de la côte pacifique, au sud des montagnes Talamanca, comme vous pouvez le voir sur la carte ci-contre.

Ensuite, ça va très vite : les Espagnols se pointent au début du XVIe siècle, les précolombiens se font décimer par les guerres et les épidémies européennes, et la plupart de leurs sites tombent dans un oubli relatif, jusqu’aux années 30, où le gouvernement du Costa Rica autorise une compagnie fruitière américaine, l’United Fruit Company, a défricher de larges zones de terrain dans la région pour y planter des bananeraies : et c’est là que les ouvriers se mettent à découvrir par dizaines puis par centaines ces sphères de pierre ! Le problème, c’est que rien n’étant mis en place sur le moment pour sauvegarder ces étranges objets, tout le monde fait un peu comme ça lui chante : certaines sont détruites, d’autres forées, sciées et percées dans l’espoir d’y trouver de l’or (???), on en pique certaines pour agrémenter les jardins, bref c’est la foire et surtout, la quasi-totalité d’entre elles sont déplacées.

D’où un problème majeur, car le plus important en archéologie n’est pas tant l’objet en soi que son contexte; et si ce contexte est perdu, beaucoup d’informations aussi ! Aujourd’hui, on trouve ces sphères un peu partout au Costa Rica, certaines (les plus grandes, qui atteignent plusieurs tonnes) étant conservées dans les musées, les autres chez des particuliers, sur certains sites historiques ou dans des temples maudits au fin fond de la jungle pour écrabouiller les curieux !

Le « comment qu’ils ont fait ça » est cependant une fausse question, les techniques de taille et de polissage de la pierre étant très bien connues et utilisées des peuples précolombiens, sauf si vous posez la question à cet imbécile de Patrice Pouillard.

Le pourquoi en revanche, suscite plus d’interrogations : bien sûr l’hypothèse cultuelle est sur la table, mais on se pose aussi la question d’une signification symbolique, pour marquer l’emprise de certaines communautés sur leur territoire, comme on peut le supposer chez nous avec certains menhirs bretons, ou pour refléter le pouvoir détenu par une élite, ne serait-ce que parce qu’elle aurait les moyens de passer commande pour un ouvrage nécessitant beaucoup de temps et d’efforts. Ici par exemple, deux chercheurs ayant travaillé sur la question et une des rares boules découverte dans son contexte soulignent qu’elle a été trouvée dans les fondations d’une forteresse, adjointe à des figurines zoomorphes et antropomorphes, ce qui irait plutôt dans ce sens.

Cela dit, même si tout cela reste très hypothétique, notamment parce que la recherche archéologique sur le sujet est encore balbutiante, c’est une question qui devrait évoluer assez vite, notamment parce que l’on découvre de plus en plus de ces sphères dans leur contexte d’origine, ce qui devrait apporter beaucoup plus d’informations dans les prochaines années. Fin 2021, c’est l’archéologue Francisco Corrales qui en a mis au jour plusieurs autres sur le site de « Finca 12 », dans le delta du Diquis.

Rien de très précis, persiflerons les plus acharnés qui voudront à tout prix y voir des boules de billard atlantes, mais reste néanmoins que comme pour l’intégralité de la liste de cet article, c’est invariablement le même problème : on en sait beaucoup plus que ce que Topito a écrit dessus ! A la prochaine !

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Ou même ici: @LeeSapeur


Bibliographie :

Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, livre quatrième, C.
Le lance-flammes des Béotiens, Kotsanas museum of Ancient Greek Technology.
The Radio-Carbon Dating of the Voynich MS, René Zandbergen, 2020.
Papers on the Voynich Manuscript, Capt. P.H. Currier.
Bernadette Arnaud, Le mystérieux disque de Phaistos enfin déchiffré, Sciences&Avenir, 2014.
Jean-Pierre Olivier, Le disque de Phaistos, Bulletin de Correspondance Hellénique,1975.
Jean Faucounau, Le Déchiffrement du disque de Phaistos : preuves et conséquences, Paris, L’Harmattan, 1999.
Amelia Sparavigna, Roman Dodecahedron as dioptron: analysis of freely available data, Cornell, 2012.
W. Deonna, Les dodécaèdres gallo-romains en bronze, et bouletés. A propos du dodécaèdre d’Avenches, L’Antiquité Classique,1955.
Carmackl, Salgado, A World-Systems Perspective on the Archaeology and Ethnohistory of the Mesoamerican/Lower Central American Border, Researchgate, 2006.

Brett Cohen, The Mystery of « Greek Fire » used by the Byzantine Empire: A Chemical Perspective., Institute for Advanced GABA Studies.

2 réflexions au sujet de « Topito, le retour de la vengeance »

  1. Bonjour ! Quelques petites choses à corriger à propos du Voynich :
    – « ce manuscrit, qui est aujourd’hui conservé aux États-Unis dans les collections de l’université de l’Arizona ». La bibliothèque Beinecke de livres rares et manuscrits est une bibliothèque de l’université Yale au Connecticut.
    – « ça permet déjà d’avoir une idée suffisamment nette de sa date de fabrication contrairement à ce qui est dit ici, et ça dégage aussi de fait l’hypothèse du canular ! » Oui et non: l’encre n’est pas datée.
    – « Gutenberg ne va inventer l’imprimerie qu’une grosse dizaine d’année après.  » Gutenberg n’a pas inventé l’imprimerie, seulement les caractères mobiles en métal. Il y en avait déjà en bois, et les Chinois imprimaient déjà des plaques depuis des siècles.
    – « très probablement extra-européen et traitant visiblement de pharmacopée médiévale » le seul indice d’origine « extra-européenne » est la soi-disant identification de plantes américaines comme le tournesol, mais personne ne sait si certaines plantes sont imaginaires ou qu’il ne s’agit pas simplement de plantes européennes semblables, alors ces identifications ne valent pas un clou. Pour ce qui est de la pharmacopée médiévale, c’est une hypothèse assez faible étant donné que la plupart des plantes reconnaissables ne font pas partie de la pharmacopée médiévale et que le texte ne ressemble pas à celui d’un herbier médiéval (pas de formules standard répétées), il n’y a même pas de vocabulaire plus nettement commun entre des différentes sections qui représentent des plantes…

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai corrigé plusieurs choses. En revanche je reste sur l’hypothèse de la pharmacopée médiévale pour une grande part de ce manuscrit, ou en tout cas du fac-similé; parce que ça reste la moins mauvaise hypothèse même si toutes les approximations et les erreurs que contiennent le texte laissent effectivement à penser que ce manuscrit date bien de la période médiévale mais qu’il a été recopié par quelqu’un qui ne savait pas ce qu’il faisait.
      Pour l’origine extra-européenne, je ne pensais pas aux plantes mais à l’alphabet utilisé, qui n’existe pas en Europe à ce moment-là à ma connaissance.
      Il y aurait encore beaucoup a dire sur ce bouquin mais je n’avais ni le temps ni l’envie dans cet article; mon but était de souligner ce que ne dit pas Topito et pas d’être réellement exhaustif sur chaque objet.

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